Le contenu en masse et les domaines recyclés
Générer des centaines de pages sans valeur, racheter un domaine expiré pour sa réputation, ou louer sa notoriété à du contenu tiers : les trois pratiques que Google a nommément ajoutées à ses règles en mars 2024. Série sur les pratiques punies, cinquième volet.
Les tricheries des volets précédents ont l’âge du web. Celles-ci portent une date : en mars 2024, Google a annoncé l’ajout de trois pratiques à ses règles anti-spam, en réponse directe à l’industrialisation du contenu, celle que les outils d’écriture automatique venaient de rendre triviale.
Le contenu produit à l’échelle
La règle vise la production de nombreuses pages dont le but est de se placer dans les classements, non d’aider quiconque. Le point important est ce qu’elle ne dit pas : elle ne condamne pas l’outil, elle condamne le résultat. Générer mille pages creuses à la main était déjà du spam avant les outils d’écriture automatique ; les générer à la machine ne change rien à l’affaire, et une page utile reste utile quel que soit son mode de fabrication. Le critère est celui de toute la doctrine Google : la page apporte-t-elle quelque chose à la personne qui la lit, ou n’existe-t-elle que pour occuper une requête ?
La tentation concrète pour une PME : l’outil ou le prestataire qui propose de « couvrir toutes les communes du canton », cent pages identiques où seul le nom de la ville change. C’est précisément le motif que la règle décrit, et c’est en plus, on l’a vu au deuxième volet, une déclinaison du bourrage : beaucoup de signaux, pas de substance. Trois vraies pages locales, avec les chantiers, les photos et les particularités de chaque lieu, battent cent gabarits.
Les domaines expirés recyclés
Deuxième ajout : l’abus de domaine expiré. Le montage consiste à racheter un nom de domaine tombé, celui d’une association dissoute, d’un commerce fermé, pour héberger dessus un contenu sans rapport, en espérant hériter de la réputation et des liens accumulés par le défunt. C’est une usurpation d’héritage : les liens qui pointaient vers ce domaine recommandaient l’ancien site, pas le nouveau locataire.
À distinguer d’un rachat honnête : reprendre un domaine pour poursuivre ou relancer une activité comparable n’a rien d’interdit. La fraude tient, encore une fois, à la discordance entre ce que les signaux disent et ce que le site est.
La réputation squattée
Troisième ajout, dit abus de la réputation d’un site : un site établi loue une section de son domaine à du contenu tiers, des pages de casinos ou de crédits publiées sous l’adresse d’un journal, pour que ce contenu profite de la confiance bâtie par l’hôte. Le lecteur croit à la caution du journal ; le journal n’a fait qu’encaisser le loyer. Une PME n’est guère en position de commettre cet abus-là, mais elle peut en être dupe : la « publication garantie sur un grand média » qu’on vous vend par courriel est souvent exactement cela, et le lien acheté du troisième volet sous un habit plus chic.
Le fil commun
Les trois pratiques monnayent une confiance qu’elles n’ont pas construite : celle du classement, celle d’un domaine, celle d’une marque. C’est la définition même de la déloyauté que cette série suit depuis le premier volet, et c’est pourquoi Google a pu les ajouter sans changer de principe : la liste s’allonge, la règle est la même.
Dernier volet : les faux avis et l’engagement artificiel, la tricherie la plus proche de vos clients, et la seule qui soit aussi, en Suisse, un terrain juridique.
Qui écrit ces notes
Ce journal est tenu par l’atelier qui conçoit et entretient les sites de la maison. Tout ce qui est décrit ici, la Search Console, le maillage, la fiche d’établissement, fait partie du travail livré avec un site : si vous préférez que quelqu’un s’en charge, c’est précisément le métier.