Charger la page suivante avant le clic : pourquoi nous ne le faisons pas
Un navigateur peut préparer la page suivante avant le clic. Sur un site déjà rapide, le calcul ne tombe pas du bon côté. Le raisonnement complet.
Il est désormais possible de dire au navigateur d’un visiteur : quand le curseur s’approche d’un lien, va chercher la page qui se trouve derrière, et si tu as de la marge, prépare-la entièrement à l’avance. Le résultat, la première fois qu’on le voit, est déroutant. Le clic n’attend plus rien. Pas « rapide » : instantané, parce que la page était déjà prête, invisible, dans un onglet fantôme. C’est l’une des rares nouveautés dont un visiteur non spécialiste remarque l’effet sans qu’on le lui signale.
Les navigateurs appellent ce mécanisme les « règles de spéculation ». Nous ne l’avons pas mis sur ce site, et voici le raisonnement complet, y compris ce qui pourrait le renverser.
Ce que cela dépense, et chez qui
Aller chercher une page à l’avance, c’est consommer des données. La préparer entièrement, c’est en plus faire travailler l’appareil du visiteur : sa batterie, son processeur, son forfait mobile.
La facture n’est pas payée par le site, elle est payée par le visiteur. Il consomme des données pour des pages qu’il n’ouvrira pas. Sur une connexion limitée ou un téléphone d’entrée de gamme, la promesse s’inverse : on a rendu instantanée une page sur quatre en faisant payer les trois autres. Et sur un menu de cinquante liens, le simple passage de la souris déclenche une longue série de chargements dont presque aucun ne servira.
Ce que cela dit à un tiers
Une page préparée à l’avance est une page chargée. Tout ce qu’elle contient s’exécute : les mesures d’audience comptent une visite qui n’a pas eu lieu, les témoins de suivi s’installent, les services extérieurs sont appelés. Il existe des parades, mais elles supposent que chaque service intégré au site les respecte. Sur un site qui charge une mesure d’audience, une carte, un fil de réseau social et un module de consentement, c’est-à-dire sur la plupart des sites, l’hypothèse est douteuse, et le client se retrouve avec des statistiques faussées et des données transmises à des tiers pour des visites fantômes.
Nous fabriquons des sites qui n’appellent aucun tiers. Le problème ne se pose donc pas chez nous, et c’est précisément ce qui affaiblit l’argument inverse : sur un site sans tiers, il n’y a plus grand-chose à gagner non plus.
Ce que cela apporte ici : rien de mesurable
Une page de ce site se charge en une fraction de seconde, et le temps entre deux pages est déjà sous le seuil où l’œil perçoit une attente. Préparer la page suivante ferait passer une attente imperceptible à une attente nulle, en échange d’une consommation de données bien réelle sur l’appareil du visiteur. Ce n’est pas un arbitrage difficile.
Un dernier point, moins discutable
Cette fonction n’existe aujourd’hui que dans une partie des navigateurs, ceux de la famille de Chrome, dont Edge. MDN le dit sans détour : elle n’appartient pas au socle commun du web, parce qu’elle manque à certains des navigateurs les plus utilisés. Cela ne l’interdit pas : les navigateurs qui ne la comprennent pas ne perdent rien. Mais la question change : on ne se demande plus « veut-on ce gain », on se demande « veut-on ce gain pour une partie des visiteurs, au prix d’une consommation réelle sur leurs appareils ».
Là où nous le ferions
Sur une boutique, un catalogue, une documentation : beaucoup de pages, une navigation en profondeur, un visiteur qui enchaîne. En préparant seulement le document et non toute la page, et en attendant que le curseur s’attarde sur le lien, le gain y est net et la dépense reste bornée.
Sur un site de dix pages déjà servies en quelques millisecondes, comme les titres de notre catalogue, la réponse honnête est qu’il n’y a rien à gagner. Le même arbitrage vaut pour le passage d’une page à l’autre, qui ne coûte rien à l’appareil du visiteur et que nous avons donc retenu. Nous préférons l’écrire plutôt que de déployer un réglage pour pouvoir dire que nous l’avons déployé. Si vous vous demandez ce qu’un site plus rapide vous ferait vraiment gagner, la page des prix et la page de contact sont là pour en parler.
Qui écrit ces notes
Ce journal est tenu par l’atelier qui conçoit et entretient les sites de la maison. Tout ce qui est décrit ici, la Search Console, le maillage, la fiche d’établissement, fait partie du travail livré avec un site : si vous préférez que quelqu’un s’en charge, c’est précisément le métier.